Vous n’avez pas que de belles prairies productives ? Tant mieux !
Les pâtures pauvres, embroussaillées, humides, a priori difficiles à gérer, peuvent apporter des ressources, à l’échelle de la journée et au fil des saisons, en complément de surfaces plus homogènes et productives.
Fiche 85 – Vous n’avez pas que de belles prairies productives
Description
POURQUOI FAIRE ?
Les prairies productives sont aujourd’hui utilisées de manière rationnelle et efficace. Pour autant, d’autres pâtures, moins productives, plus hétérogènes ou moins accessibles, sont
souvent disponibles. Valoriser la diversité des pâtures est une logique pertinente et une stratégie gagnante pour répondre à des enjeux climatiques et écologiques et contribuer à l’autonomie fourragère.
LA QUALITÉ DE L’ALIMENTATION SE CONSTRUIT AVEC LA DIVERSITÉ
• Dès lors que l’animal a accès à une diversité d’aliments, tous n’ont pas besoin d’être « bons » pour que la ration réponde à ses besoins.
• À l’échelle de la journée, donner accès à une diversité de milieux permet à chaque individu de choisir des plantes et parties de plantes pour se constituer une ration correspondant à ses besoins et ses préférences.
• Au fil des saisons, des pâtures avec des végétations différentes vont répondre différemment aux conditions climatiques et aux usages, ce qui peut constituer une sécurité en cas d’aléas.
D’AUTRES BESOINS QUE L’ÉNERGIE ET LES PROTÉINES
• Pour leur bien-être et leur santé, les herbivores au pâturage ont besoin d’aliments fibreux, de micronutriments, d’abris et de grattoirs, qui font parfois défaut dans les prairies productives pâturées en rotation rapide.
• Tous les animaux du troupeau n’ont pas de forts besoins toute l’année : certains lots peuvent par moments valoriser des pâtures plus pauvres sans que cela ne porte atteinte à leur santé ni à la productivité du système.
LES ATOUTS OUBLIÉS DES PÂTURES « MOCHES »
• Les prairies peu productives ou embroussaillées comportent des espèces herbacées et arbustives résistant mieux à la sécheresse que l’herbe.
• Les milieux humides, qui posent des problèmes de portance à certaines saisons, restent verts en plein été et en cas de sécheresse.
• Certaines plantes d’intérêt fourrager médiocre contiennent des composés secondaires et des métabolites, des vitamines et minéraux utiles pour couvrir les besoins des animaux au pâturage et assurer leur santé.
• Les ligneux offrent une protection aux animaux contre les intempéries et la chaleur, et un microclimat qui ralentit le vieillissement de l’herbe.
DES CONSEILS POUR RÉUSSIR
- Diagnostiquer la diversité des ressources et les atouts de chaque pâture, selon les saisons, avec un technicien compétent.
- Prendre le temps d’observer le comportement du troupeau, quelles zones, quelles ressources sont consommées ou ignorées, pour mieux comprendre comment et avec quels animaux valoriser ces pâtures. Ces observations doivent être réalisées de préférence en milieu d’utilisation de parc, une fois que les animaux connaissent le milieu.
- Associer une ou plusieurs fonctions à chaque pâture : quelles ressources valoriser, quand et avec quels animaux ?
- Laisser le temps aux animaux d’apprendre à exploiter des pâtures non habituelles, en les aidant par la présence de congénères expérimentés et/ou d’une complémentation les premiers jours.
IMPACTS POUR LA DURABILITÉ
- Une meilleure valorisation des surfaces de l’exploitation qui permet des économies d’aliments conservés et/ou achetés.
- Des marges de manœuvre supplémentaires face aux aléas climatiques, en entretenant une ressource peu chère et qui n’est pas en compétition avec des cultures pour l’alimentation humaine.
- L’entretien de milieux et paysages plus diversifiés, d’intérêt écologique et pouvant représenter un atout sur le long terme pour la santé globale de l’exploitation et l’environnement.
Témoignage
« On a installé progressivement une pelouse sous les fougères, qui peut être utilisée en toute saison. Dans ce cas c’était fin juillet, et ça allait très bien dans ce « sous-bois de fougères », tandis que c’était sec ailleurs. »
« Aujourd’hui, on se pose la question de laisser repartir la bourdaine pour créer une pelouse sous sous-bois de bourdaine et faire apparaître un nouveau motif paysager et environnemental. »
Cédric, éleveur ovin allaitant, Corrèze
POUR EN SAVOIR PLUS
- Des broussailles au menu – Meuret M. et Agreil C, 2006
- Diagnostic écopastoral Mil’Ouv, Institut de l’Élevage, 2015.
- Typologie multifonctionnelle des prairies du Massif central – SIDAM, 2020.
- Pastothèque tome 1 Montagne – H. Dodier et al., Cardère Édition, 2023.
- Pastothèque tome 2 Méditerranée – O.Bonnet et E. Genevet, Cardère Édition, 2025.
VERS D’AUTRES FICHES
Fiche 3 – Diagnostiquer l’état de vos prairies : de l’observation du couvert à son amélioration
Fiche 49 – Les parcours, une ressource à ne pas négliger !
Fiche 52 – Diversifier les ressources pâturées
Fiche 60 – Pâturer les prairies humides
Fiche 70 – Prairies – à chacune son bon usage




