Pâturer en conditions météorologiques difficiles
Si le pâturage reste la méthode idéale pour valoriser ses prairies, un minimum de précautions s’impose en cas d’épisode très pluvieux, en période de sécheresse ou de canicule.
Description
Pâturer en conditions météorologiques difficiles
En cas de fortes pluies, de déficit hydrique prolongé ou de températures élevées, les éleveurs doivent adapter leur gestion du pâturage. Les risques encourus vont du gaspillage d’herbe à la compaction du sol, voire la destruction du couvert liés au défaut de portance des prairies ou au surpâturage. Le bien-être, la santé et la production des animaux peuvent aussi être impactés.
Pâturer ou patauger ?
- La portance de la parcelle est un facteur primordial !
- en conditions portantes : le piétinement des animaux compacte le sol, avec des conséquences sur l’enracinement et la production d’herbe. Les empreintes de sabots marqueront la surface et entraîneront un gaspillage d’herbe ;
- en conditions non portantes : le piétinement des animaux peut entraîner une destruction partielle (ou totale) du couvert qui se traduira par une chute de production immédiate. A moyen terme, le sol nu sera propice au développement d’espèces indésirables (pâturin annuel, rumex, renoncules, chardons…).
- Selon l’intensité du phénomène, plusieurs réponses sont à envisager : changement de parcelle, diminution du chargement instantané, réduction de la durée de séjour en parcelle, voire rentrée intégrale et abandon du pâturage.
- Le maintien d’un pâturage journalier de quelques heures sera cependant moins préjudiciable pour la production animale et l’exploitation des prairies.
- En cas d’orage violent, une mise à l’abri immédiate peut être requise.
Sécheresse et canicule
- En cas de températures élevées, voire de canicule, les besoins en eau des animaux sont beaucoup plus élevés : ils peuvent doubler, notamment pour les femelles en lactation. L’approvisionnement en eau doit alors être adapté, et le troupeau doit disposer d’ombrage aux heures les plus chaudes.
- Lorsque les températures sont élevées, les animaux ingèrent beaucoup moins pour mieux réguler leur température interne (la digestion produit beaucoup de chaleur).
- Si possible, un complément de fourrages peut être apporté pour tenter de maintenir les performances des animaux. Il peut s’agir de fourrages verts type luzerne, chicorée, plantain, pâturés ou affourragés, ou de fourrages conservés. Si des fourrages fermentés sont apportés au pâturage (auge, râtelier), le fractionnement des apports limitera les fermentations secondaires.
- Le pâturage de nuit, avec retour en bâtiment bien ventilé la journée, peut limiter les effets des fortes chaleurs. Une transition alimentaire est à respecter.
- Lorsque les parcelles « grillent », il est préférable de cesser toute rotation du troupeau pour éviter le surpâturage : en effet, au retour des pluies, la croissance risque fort d’être compromise.
Des conseils pour réussir
- Tirer parti des différents niveaux de portance (ou de résistance au déficit hydrique) des parcelles.
- Agrandir la surface offerte ou/et diviser le troupeau.
- Réduire la durée d’accès au pâturage pour intensifier le prélèvement sur une courte durée : durant deux sorties de 3 h, les vaches peuvent prélever autant qu’en une seule de 9 h…
- Aménager et entretenir les accès (chemins et barrières).
- Aménager un parc stabilisé d’alimentation, utile en cas de défaut de portance ou lors d’épisodes répétés de manque d’herbe ; au minimum, déplacer les râteliers.
- En dernier ressort, « sacrifier » une parcelle ou une zone peu productive, mais gare au prolongement de ces situations…
- En cas de fortes chaleurs, réserver des parcelles ou des zones ombragées (haies, lisières, sous-bois) ou plus ventées pour les heures les plus chaudes de la journée à toutes les catégories d’animaux.
- Réfléchir à des structures légères pouvant fournir de l’ombre.
- Sortir les animaux plus tôt dans la journée pour leur faire bénéficier de températures plus clémentes, quitte à traire plus tôt en élevage laitier par exemple.
- S’assurer de l’approvisionnement en eau propre et tempérée des animaux : lorsque l’eau est apportée à la tonne, les remplissages devront être plus fréquents.
- Distribuer les fourrages fermentés en plusieurs repas pour en préserver l’appétence.
Impacts pour la durabilité
- Adapter le pâturage en conditions délicates permet de continuer d’en tirer bénéfice au plan économique.
- Ces adaptations préservent le bien-être et les performances de production des animaux ; elles ménagent aussi l’intégrité des prairies.
- Ces circonstances particulières réclament davantage de travail, ou en transforment grandement les modalités.
« Les épisodes de sécheresse revenant de plus en plus souvent, on sort les vaches après la traite du matin jusqu’à midi. L’après-midi on les affourrage en bâtiment. La nuit, elles ressortent ».
GAEC de la Terrasse, Courpière 63
« Il a tellement plu en juin 2016, qu’il a fallu rentrer les laitières durant 3 semaines… ».
Rémi Lavé, Mirecourt, 88
Pour en savoir plus
- Adaptation des vaches laitières à une restriction du temps d’accès journalier au pâturage – R Delagarde et al., journées 3R, 2008.
- Evaluation du parc stabilisé d’hivernage pour des bovins laitiers – Ménard et al., journées 3R, 2010.




