La sévérité du pâturage : pour des performances par hectare !
Tous les éleveurs souhaitent bien gérer leur pâturage pour bien nourrir leurs troupeaux et bien valoriser l’herbe produite. Mais on ne peut pas gagner sur tous les plans !
Description
Par sa gestion du pâturage (hauteurs en entrée ou en sortie de parcelle, temps de séjour, surface par animal), l‘éleveur impose une certaine « pression » à ses animaux, qui ingèrent quotidiennement d’autant moins d’herbe que la pression est forte. C’est la sévérité du pâturage, qui définit la capacité des animaux à manger ou non à volonté, et donc leur niveau de performances. Mais pourquoi être sévère ?
Sévère or not sévère ?
Etre sévère peut être apparenté à pâturer ras, c’est-à-dire :
- Laisser les animaux plus longtemps sur la même parcelle ou leur donner moins de surface par jour (système avec fils).
- Leur faire manger une herbe de moins bonne qualité et surtout plus difficile à pâturer (présence des gaines foliaires des graminées qui limitent la facilité de pâturage en fin de parcelle).
- Au final, c’est limiter de 5% à 10% (pâturage sévère), voire 15 à 20% (pâturage très sévère) leur niveau d’ingestion par rapport à une situation à volonté.
Mais être sévère, c’est aussi :
- Une forte augmentation de l’ingestion et de la production par hectare.
- En ovins, des performances animales maintenues en hiver avec une hauteur d’herbe de seulement 2 cm !
- Une bonne valorisation de l’herbe produite : il y a 8 fois plus à gagner par hectare qu’à gagner par animal !
- 500 kg MS/ha valorisés en plus pour une hauteur sortie réduite de 1 cm.
- Jusqu’à plus de 1 t MS/ha valorisée en plus pour 100 j de pâturage.
- Une amélioration du revenu, plus dépendant de la production par ha que par animal.
- Pas de conséquence directe sur la santé, la reproduction ou le comportement des animaux.
Et pour la prairie
Pâturage sévère =
- Meilleure qualité des repousses au cycle suivant
- Gestion facilitée de l’épiaison des graminées au printemps
- Meilleure répartition entre saisons de l’ingestion d’herbe par le troupeau
- Plus de lumière aux légumineuses
- Moins d’interventions mécaniques (fauche des refus par exemple).
- Et on est loin du surpâturage !
Des conseils pour réussir
En pâturage tournant, pâturer 50% de la hauteur initiale quand l’herbe est basse (< 8 cm), jusqu’à 60% quand la hauteur est moyenne (10-14 cm), voire plus quand l’herbe est haute (> 16 cm).
- Laisser aux animaux le temps de faire leur récolte ! Pâturage sévère = +30-50% de temps de séjour par rapport à un pâturage libéral.
- Pour les laitiers, accepter des chutes de production/animal en fin de parcelle. On se rattrape à l’hectare !
- Utiliser un fil avant dans les grandes parcelles où l’herbe est haute afin de ne pas trop pénaliser les animaux en fin de parcelle.
- Ne pas augmenter l’apport de fourrages conservés !
- Ne pas se focaliser sur le système de pâturage (tournant, rationné, continu): la sévérité est indépendante du système !
Impacts pour la durabilité
- Etre sévère au pâturage, c’est plus de revenus (travaux Irlande et Nouvelle-Zélande).
- Libère des surfaces pour des stocks à récolter.
- N’accroît pas la charge « polluante » par hectare si la complémentation n’est pas augmentée (les animaux ne mangent que ce qui est produit sur la surface : c’est du recyclage court…).
- Pâturage sévère très intéressant économiquement pour animaux à faibles besoins.
« Pour optimiser mon système pâturé, je fais râper les vaches. Raser, ça ne me suffit pas… »
Gérard, éleveur de vaches laitières croisées en Normandie
« En ovin, pâturer bas, c’est pâturer mieux ».
Eric, éleveur de brebis
Pour en savoir plus
- Concilier ingestion individuelle et valorisation à l’hectare – Delagarde, Fourrages n°198, 2009.
- Produire avec de l’herbe – Guide pratique. CRA Bretagne et Pays de la Loire, 2011.
- Allongement de la saison de pâturage pour les troupeaux allaitants – Pottier et al., Fourrages n°167, 2001.




